Et si nous nous offrions la possibilité de nous laisser traverser par nos émotions?

Il y a des jours où tout fonctionne.
Tu avances, tu gères, tu fais ce qu’il faut.

Et pourtant, quelque chose en toi serre.
Une tension dans la poitrine. Un poids dans le ventre. Une agitation dans la tête.
Ou au contraire… une forme de “coupure”, comme si tu devenais un peu plus loin de toi-même.

Ce qui rend ça difficile, ce n’est pas seulement l’émotion.
C’est souvent ce qui arrive juste après : le jugement.

“Je ne devrais pas ressentir ça.”
“Je suis censé être solide.”
“J’ai pas le temps pour ça.”

En résumé

  • Problème : Dans notre culture, on se sent responsable de nos émotions et donc on essaye de les contrôler. Quand on y arrive pas, on a honte et on se juge faible car on devrais y arriver vu que c’est sous “notre contrôle”.

  • Effet : A force de vouloir reprendre le contrôler, on s’en coupe… et on s’empêche de se laisser vivre l’émotion et donc la renforce encore.

  • Piste : changer de posture : accepter de se laisser traverser par celle-ci et de la laisser partir. L’écoute sans jugement réduit la puissance de l’émotion et permet de se permettre d’identifier le besoin sous-jacent et ainsi de se donner la liberté d’y répondre autrement.

Dans les anciennes cultures, on vivait l’émotion comme quelque chose qui nous arrivait

Sans enjoliver le passé (il y avait aussi de la stigmatisation, des croyances dures, des injustices), beaucoup de cultures dans le passé avaient une autre lecture des émotions:
une émotion étais quelque chose qui nous arrivais. On étais pris par une entité, un dieu, un démon qui prenait possession de nous. C’étais un événement extérieur qui nous frappais sans que nous puissions y faire quelque chose. Cela traduisais la sensation de perdre de contrôle et notre l’impuissance et parfois même de ne plus être là lorsque l’on est pris par des émotions. Cela déresponsabilisais les personnes mais avait l’avantage de ne pas leur faire porter trop de honte lorsque l’émotion vous dominais. C’est juste que vous aviez besoin d’un guide pour faire partir cette partie de vous.

Et il existait souvent une personne pour ça.
Un guide, un sage, une prêtre, un exorciste… quelqu’un qui savait offrir un espace où cette émotion symbolisée par une entité pouvait être évacuée.

Le piège de notre culture: confondre responsabilité et culpabilité

Aujourd’hui, nous avons gagné énormément avec une compréhension fine des émotions grâce aux neuroscience. Nous comprenons que c’est via les perceptions de notre corps et notre compréhension du monde que nous faisons émerger l’émotion et donc que nous avons donc la possibilité d’agir dessus.
Mais nous avons du coup aussi hérité d’une culpabilité que l’émotion ne devrais pas être là. Nous luttons alors contre-elle et par là même nous la renforcons car tant que le signal n’a pas été intégré il reste présent comme un rappel d’une menace à notre intégrité et notre survie.

On entend souvent : “Tu es responsable de tes émotions.”
Dans sa version saine, c’est précieux : apprendre à réguler, à choisir une réponse, à ne pas réagir sur tout.

Mais beaucoup de personnes l’entendent comme une autre phrase : “Si je ressens ça, c’est que je suis le problème.”

Et là, l’émotion devient une faute.
Elle se charge de honte.
Et quand la honte arrive… on se protège.

On se blinde. On rationalise. On serre les dents. On se sur-adapte.
On devient très bon à l’extérieur… et de plus en plus dur à l’intérieur.

Ça tient un temps…
Et puis un jour, ça coûte : fatigue chronique, irritabilité, perte de joie, sommeil fragile, difficulté à récupérer. Parfois, l’épuisement.

Ce que l’on perd quand on s’exile de ses émotions

Une émotion, ce n’est pas seulement une sensation. C’est une information d’un besoin.

  • La peur signale souvent un besoin de sécurité ou de clarté.

  • La colère signale souvent une limite, un respect, une protection.

  • La tristesse parle souvent de réparation, de lien, de repos.

  • La honte parle souvent d’appartenance et de dignité.

Quand on rejette l’émotion, on rejette souvent le besoin.
Et un besoin non entendu ne disparaît pas : il se manifeste autrement. Souvent plus fort, plus confus, plus tard… quand le corps n’a plus de marge.

Il y a une sagesse toute simple dans certaines traditions, s’offrir de la compassion :
Apprendre à regarder ce qui se passe à l’intérieur sans s’y noyer, sans se condamner.
Une présence stable. Une attention douce. Pas une bataille, une paix avec la réalité du vécu.

Une autre posture : passer du jugement à la relation

Voici une petite pratique simple (et étonnamment puissante) :

  1. Repérer où ça se passe dans le corps.
    Sans analyser. Juste : “c’est là”.

  2. Modifier notre dialogue intérieur :
    au lieu de “je suis anxieux”, dis intérieurement : “Une part de moi est anxieuse.”
    (Tu n’es pas l’émotion. Tu es en relation avec elle.)

  3. Se poser une question qui ouvre :
    “Qu’est-ce que tu essaies de protéger ?”
    “De quoi as-tu besoin, là, maintenant ?”

Souvent, la réponse est plus simple que prévu :
une limite, du repos, un soutien, une clarification, une action douce mais ferme.

Et très souvent, quelque chose se relâche déjà…
pas parce que l’émotion a disparu, mais parce qu’elle n’est plus seule et honteuse.

Et si tu n’avais pas besoin de te “corriger” ?

Et si l’émotion n’étais pas encore un autre problème?
Peut-être que tu as juste un système intérieur qui a appris à tenir, à protéger, à contrôler, parfois depuis si longtemps… sans connaitre d’autre possibilités.

Et si la prochaine étape n’était pas d’être plus dur… mais d’être plus en lien ?
Accueillir avec compassion cette émotion qui est là c’est déja la transformer.

Parce qu’à partir du moment où l’émotion n’est plus une faute, elle redevient ce qu’elle a toujours été : le message d’un besoin.

Et un besoin, ça s’écoute.
Ça s’honore.
Et ensuite… on peut s’offrir le choix de comment y répondre.

Le chemin est parfois compliqué et énergivore à faire seul. Peu d'être humain y arrive seul, c’est normal car nous sommes des êtres sociaux qui changeons au contact des autres. Le voyage est tellement plus facile lorsque l’on est entouré par des personnes qui nous inspirent et nous soutiennent à travers les étapes, alors n’hésitez pas à vous connecter avec des personnes qui peuvent vous aider à rendre ce chemin agréable, plaisant et lumineux.

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L’intention positive derrière nos émotions