Zoomer, dézoomer : le geste qui change tout
De la pression à la présence : ce que tu peux faire quand une émotion prend toute la place
Pendant vingt ans, dans des environnements de direction sous pression constante, j'ai entendu cette croyance, et je l'ai portée moi-même : les émotions s'imposent à nous depuis l'extérieur, on les subit, il n'y a qu'à serrer les dents et tenir.
C'est une croyance compréhensible. Elle correspond à ce qu'on ressent dans l'instant. Une remarque qui nous prend de l'intérieur, une inquiétude qui tourne en boucle, une colère qui monte sans qu'on l'ait invitée. Tout cela semble arriver à nous, sans qu'on ait notre mot à dire.
Il existe pourtant un exercice simple qui vient ébranler cette croyance. Pas par un discours convaincant, mais par une expérience directe, dans le corps, en quelques minutes.
L'exercice
Pense à une situation qui t'a pris de l'intérieur récemment. Quelque chose d'assez présent pour que tu le sentes encore un peu, mais on commence toujours par quelque chose de modéré, pas par l'événement le plus lourd de ta vie.
Visualise cette situation comme une image, sur un écran devant toi. Prends le temps de la voir vraiment, ses couleurs, son cadrage, sa luminosité. Remarque sa taille actuelle.
Puis, doucement, rétrécis-la. Imagine que tu actionnes un zoom inversé et que l'image devient progressivement plus petite, plus lointaine, jusqu'à n'occuper qu'un coin minuscule de l'écran.
Remarque ce qui se passe. Pour la plupart des personnes, quelque chose se desserre légèrement. La respiration s'élargit un peu. Le problème n'a pas disparu, mais sa charge émotionnelle s'est réajustée.
Maintenant fais l'inverse. Ramène l'image à sa taille initiale, puis agrandis-la encore, comme si tu zoomais à nouveau.
Recommence ce mouvement deux ou trois fois. Rétrécir, agrandir, rétrécir, agrandir.
Pourquoi le mouvement compte plus que le résultat
Ce n'est pas tellement l'état final, petit ou grand, qui importe ici. C'est le mouvement lui-même.
En sentant l'émotion suivre ton geste, dans un sens puis dans l'autre, au rythme exact de ce que tu fais avec l'image mentale, tu réalises quelque chose d'assez frappant. C'est toi qui actionnes le changement. Pas la situation extérieure, pas le hasard. Toi, par un geste mental volontaire.
C'est cette correspondance directe entre l'action et la sensation qui rend l'exercice convaincant, bien plus qu'une explication théorique ne pourrait le faire.
Ce que disent les neurosciences
Ce mécanisme n'a rien d'ésotérique. Il est documenté dans les neurosciences cognitives et dans le travail sur les sous-modalités sensorielles, un concept issu de la programmation neuro-linguistique.
L'idée de base est que nos représentations mentales, souvenirs, images, situations imaginées, sont codées dans le cerveau avec des paramètres précis. Taille, distance, luminosité, netteté. Ce ne sont pas de simples détails décoratifs autour d'un contenu fixe. Ils participent activement à la charge émotionnelle que cette représentation produit.
La même information, présentée à l'esprit avec une taille ou une distance différente, produit une charge émotionnelle différente. Une peur codée comme une image grande, proche et lumineuse n'a pas le même poids qu'une fois rendue petite et lointaine, même si le contenu factuel n'a pas changé d'un mot.
Ce que cet exercice n'est pas
Il faut être précis ici. Cet exercice n'a pas pour but de minimiser ce qui est réellement grave. Un licenciement, un diagnostic médical, une rupture difficile ne deviennent pas anodins parce qu'on a rétréci une image mentale.
Il démontre plutôt qu'on n'est jamais entièrement otage de ce qu'on vit. Il existe toujours une marge de manœuvre, même infime, entre l'événement et la manière dont on le porte intérieurement.
Cette marge de manœuvre, une fois expérimentée sur un simple curseur de taille d'image, devient plus facile à retrouver ailleurs. Dans une réunion tendue. Dans une conversation difficile avec un proche. Dans cette voix intérieure qui s'emballe avant de s'endormir.
Diriger depuis qui on est
Dans mon travail de coaching, comme pendant mes vingt années de postes de direction, j'ai vu cette même dynamique se répéter sous des formes différentes. Les leaders les plus solides ne sont pas ceux qui ne ressentent rien. Ce sont ceux qui ont retrouvé, quelque part, ce point d'appui intérieur à partir duquel ils peuvent observer ce qu'ils ressentent sans être totalement absorbés par cela.
Diriger depuis qui on est, plutôt que depuis ce qui nous traverse, commence souvent par des gestes aussi simples que celui-ci.
La prochaine fois qu'une émotion prend toute la place, essaie. Demande-toi simplement quelle taille elle a, là, maintenant. Et observe ce qui se passe si tu tournes légèrement le bouton.
Cet article s'appuie sur le travail des sous-modalités sensorielles et sur une compréhension scientifique du fonctionnement émotionnel. Une émotion est un signal corporel qui indique qu'un besoin est présent, et la nier comporte des risques à long terme. Cet exercice n'a pas vocation à remplacer cette écoute, mais à donner un peu de marge de manœuvre dans la manière de la porter. Il ne remplace pas non plus un accompagnement professionnel pour des situations de souffrance importante ou persistante.